Cannes 2012 : zoom sur “Cosmopolis”, de David Cronenberg [Compétition]

Après le fils qui dévoilait son premier film (“Antiviral”) en section Un Certain Regard, c’est au tour de Cronenberg Sr. d’entrer en lice avec le très attendu “Cosmopolis”, présenté en compétition.

Voici enfin venue l’heure de découvrir le nouveau David Cronenberg, que tout le monde attendait depuis dix jours (et même plus) avec une certaine fébrilité. Adaptation du livre homonyme de Don DeLillo, Cosmopolis se présente en pratique comme une sorte de croisement entre Glengarry Glen Ross et Fight Club, même si au-delà de toute référence, et au-delà même de sa source littéraire, le film est avant tout un Cronenberg – c’est assez dire. Présent dans chaque scène, Robert Pattinson essaie de renouer avec sa distante épouse (Sarah Gadon), voit défiler une galerie de partenaires (Juliette Binoche, Jay Baruchel, Samantha Morton etc.) qui entrecoupent son trajet d’entretiens sur l’état de ses affaires, de sa vie sentimentale ou du monde, voire de discussions métaphysiques (on n’est pas loin d’une structure rabelaisienne), escorté dans sa « limo » par un garde du corps plutôt inquiétant qui brandit de mystérieuses menaces, tandis que lui-même semble se diriger sans ciller vers son propre anéantissement – ou ses origines – dans un New York de fin des temps.

Artifice ultime et riche de sens, justification fondamentale et au départ anodine du cheminement, le gimmick de son personnage (« I need a haircut ») se propose à chaque fois un peu plus comme un accès à l’univers mental d’Eric Packer, ce golden boy blasé qu’il incarne. Cronenberg, qui a avoué n’avoir passé que six jours à rédiger le scénario, reprenant tels quels l’essentiel des brillantissimes dialogues de DeLillo, permet à la star de Twilight d’opérer un virage radical et assez superbement réussi – et l’on ne parle pas ici du déjà fameux épisode du toucher rectal. La scène finale de 22 minutes, notamment, illustre assez la puissance du/des sujets comme des répliques, et la maestria du réalisateur canadien, dont l’humour noir se fait ici particulièrement mordant. Nanni Moretti affirmait vouloir récompenser des films à forte charge politique et sociale. Avec cette œuvre d’une actualité totale qui dépeint crise financière, dérive technologique/capitaliste, perte de sens et prémices du chaos, le voici (largement) servi.

Tout sur le film


Cosmopolis

A.G.

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