L'infidélité et les aventures sans lendemain liées à un gène ?

L’étude du génome permet d’identifier certaines prédispositions, par exemple au diabète, à l’obésité ou encore à la maladie d’Alzheimer, qui déboucheront un jour sur une médecine préventive. Mais la génomique peut aussi découvrir des gènes, ou variantes de gènes, prédisposant à certains comportements. Ainsi l’équipe du Dr Justin Garcia annonce avoir découvert qu’une variante du gène codant pour le récepteur D4 de la dopamine serait liée à la tendance à l’infidélité chronique et aux relations sexuelles d’un soir.

Questionnaire et prélèvement d’ADN buccal
Justin Garcia et son équipe de chercheurs américains

ont tout d’abord fait une enquête sur les comportements sexuels de 181 étudiants (âge moyen : 20,1 ans, 118 jeunes filles et 63 garçons).
Le questionnaire comportait des questions sur les attentes en matière de sexualité, les expériences passées, mais aussi sur le tabagisme (

test de Fagerström) et sur les tendances en matière de récompense (immédiate ou retardée).
Ces étudiants ont ensuite subi un prélèvement d’ADN (via un prélèvement buccal) afin d’identifier quelle forme du gène DRD4 (gène récepteur de la dopamine D4), appelée allèle, était présente dans le génome de chaque participant à l’étude. En effet le gène DRD4, porté par le chromosome 11, comporte plusieurs variantes (allèles) liées au polymorphisme d’une région particulière (l’exon III).
Les différents allèles du gène DRD4 ont ensuite été confrontés aux résultats du questionnaire et des tests.
Une variante du gène DRD4 au cœur de la relation sexuelle “hors cadre“

La moitié des étudiants en couple qui présentaient au moins un allèle du DRD4 appelé 7R+ (car il comporte au moins 7 répétitions d’une séquence dans l’exon III) se déclaraient infidèles, contre seulement 22 % des étudiants qui ne présentaient pas cet allèle particulier (étudiants appelés 7R-). De plus, les étudiants infidèles 7R+ ont davantage de partenaires “non officiels“ (1,8 en moyenne) que les étudiants infidèles 7R- (1,1 en moyenne).
Par ailleurs, 45 % des étudiants 7R+ ont déclaré avoir régulièrement des aventures sexuelles sans lendemain, contre seulement 24 % des 7R-.
Ces différences ne sont pas influencées par le sexe masculin ou féminin, ni par l’usage du tabac ou la tendance à préférer les récompenses immédiates plutôt que retardées.
Ces résultats constituent la première preuve, selon les auteurs, d’une association significative entre un locus génétique spécifique et deux comportements sexuels particuliers (multiplication des partenaires et infidélité).
D’autres prédispositions liées à l’allèle 7R+

Une variation génétique dans le circuit cérébral de la récompense dopaminergique semble donc être un facteur important de différenciation individuelle en termes de comportement sexuel. Mais ce gène a déjà concentré l’attention des chercheurs pour d’autres raisons, ce qui explique que l’équipe de Justin Garcia se soit focalisée sur cet allèle.
En effet, la présence d’un allèle 7R+ du gène DRD4 a déjà été associée à des comportements de recherche de sensations, de nouveauté, mais aussi à l’hyperactivité,

l’alcoolisme,

la tendance à l’addiction,

la prise de risques financiers, la désinhibition,

l’impulsivité et

le désir sexuel ! Il s’agit donc d’un gène important pour la gestion de l’excitation au sens large du terme. Mais avoir un allèle 7R+ nous condamne-t-il à être des époux infidèles, alcooliques ou amateurs d’orgies ?
Prédisposition génétique ne signifie pas certitude !
La présence de tel ou tel gène, telle ou telle mutation ou particularité dans le génome signifie qu’il y a un risque supplémentaire de développer le ou les comportements/maladies associées. Mais ce n’est absolument pas systématique, heureusement, sauf dans certains cas (exemple : l’

hémophilie A, liée directement à une mutation d’un gène codant pour le facteur VIII de la coagulation).
En effet, quiconque a déjà rencontré de vrais jumeaux (“clones“ parfaits sur le plan génétique, du moins au début) se rend compte qu’au-delà de leur apparence, ils sont en général très différents de caractère, et ne développent pas forcément les mêmes maladies, comportements (sexuels ou autres), etc. Pourquoi ? En raison de l’influence de l’environnement et de l’histoire individuelle sur les gènes et leur expression : c’est ce que l’on appelle l’épigénétique (voir notre article :

Maladies, comportements… Tout n’est pas dans les gènes !)
Si vous êtes porteur de l’allèle 7R+ du gène DRD4 (et que vous en avez eu connaissance…), cela ne signifie donc pas forcément que vous allez être infidèle et impulsif sur le plan addictif et sexuel, heureusement ! Simplement, il y a un peu plus de risques que vous le deveniez. Le savoir pourrait donc vous pousser à adopter une gestion prudente de l’alcool et des sentiments… Ou, à l’inverse, à choisir délibérément une vie de débauche sexuelle et d’addictions, car après tout, chacun oriente sa vie personnelle à sa guise, du moment que cela ne nuit pas à la société… 🙂
Jean-Philippe Rivière
Sources :
– “Associations between Dopamine D4 Receptor Gene Variation with Both Infidelity and Sexual Promiscuity“, Garcia J et coll., Plos One, novembre 2010, article

accessible en ligne
– “Analysis of DRD4 and DAT polymorphisms and behavioral inhibition in healthy adults: Implications for impulsivity“, Congdon E et coll., American Journal of Medical Genetics Part B: Neuropsychiatric Genetics, Volume 147B, Issue 1, pages 27-32, janvier 2008, résumé

accessible en ligne
– “The DRD4 exon 3 VNTR polymorphism and addiction-related phenotypes: a review“, John McGeary, Pharmacology Biochemistry and Behavior, Volume 93, Issue 3, Septembre 2009, Pages 222-229, article

accessible en ligne
– “The dopamine D4 Receptor (DRD4) gene exon III polymorphism, problematic alcohol use and novelty seeking: direct and mediated genetic effects“, Ray L et coll., Addiction Biology, Volume 14, Issue 2, pages 238-244, avril 2009, résumé

accessible en ligne
– “The 7R polymorphism in the dopamine receptor D4 gene (DRD4) is associated with financial risk taking in men“, Dreber A et coll., Evolution and Human Behavior, Volume 30, Issue 2, Pages 85-92, mars 2009, résumé

accessible en ligne
– “Polymorphisms in the dopamine D4 receptor gene (DRD4) contribute to individual differences in human sexual behavior: desire, arousal and sexual function“, Ben Zion IZ et coll., Molecular Psychiatry, août 2006, article

accessible en ligne

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